Le Clan des Otori se situe dans un pays imaginaire vivant à l'heure de la féodalité. Cette situation et cette période n’ont pas d’équivalent réel dans l’Histoire, même si l’on peut découvrir dans ces pages maint écho des coutumes et des traditions japonaises. […] J’ai donné des noms japonais aux lieux du roman, mais ils n’ont que peu de rapport avec la réalité, en dehors de Hagi et de Matsue qui occupent à peu près leur position géographique réelle. Quant aux personnages, ils appartiennent tous à la fiction, si l’on excepte Sesshu, auquel il semblait impossible de forger un double. J’espère que les puristes ne me tiendront pas rigueur des libertés que j’ai prises. Ma seule excuse est qu’il s’agit d’une œuvre d’imagination. ”

Cependant, une très grande partie du livre est ancrée dans une réalité historique et culturelle. On y retrouve en effet l’évocation du Japon médiéval, dans lequel régnait un climat de guerre quasi permanent et qui a vu la naissance de la caste des samouraïs.

 
 

Au Japon, vers l’an 900, le gouvernement impérial se révéla incapable de faire régner l’ordre, de remédier aux famines et d’assurer la sécurité à travers le pays. Pour défendre leurs domaines, les riches propriétaires de province armèrent et organisèrent des troupes de guerriers jouissant de privilèges particuliers : les bushi ou samouraïs.
Les clans des grandes familles nobles et la caste des samouraïs virent grandir leur influence à dater de 1156, alors que l’empereur Sutoku, affaibli et reclu, avait dû se résoudre à demander leur protection. Les chefs de clan tentèrent de prendre le contrôle du gouvernement mais, minés par leurs rivalités, ils durent lutter pour l’hégémonie, et le véritable pouvoir tomba entre les mains des guerriers. Ainsi les luttes restèrent-elles endémiques dans les provinces où le pouvoir des guerriers devint progressivement un état de fait.

Les samouraïs étaient soumis à la noblesse et devaient une allégeance complète à leur seigneur. Individuellement, ils obéissaient à un code de l’honneur, ou plutôt à une éthique : le bushido - la “ voie du guerrier ”. Ce code était destiné à régler selon l’honneur le comportement du guerrier dans les batailles. Il régissait les relations entre les membres d’un même groupe ou d’une même parenté, leur subordination à un maître. Au combat, il devait exercer la solidarité, l’honneur, la bravoure jusqu’à l’héroïsme. L’usage voulait que l’on décapite son ennemi vaincu.

Dans l’esprit du bushido, les samouraïs considéraient, tout au long de ces époques de conflits, leurs armes de combat comme l’élément de transmission de leur esprit sur leurs actes.
Le sabre était pour le samouraï un objet sacré dont la lame, par sa pureté, symbolisait l’âme du guerrier. Seule la caste des samouraïs était autorisée à porter le sabre long (katana) et le sabre court (wakasahi). Un samouraï qui perdait son épée n’avait plus de vie, et les soldats vaincus au combat allaient prier au sanctuaire Hachimen (dieu de la Guerre), demandant pourquoi leur épée avait perdu son âme.

Ces précisions sont extraites du Japon éternel, de Nelly Delay, Collection Découvertes Gallimard n°362. Droits réservés © Gallimard 1998.

 
 
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