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Dans
quelles circonstances avez-vous commencé à écrire
Le Silence du Rossignol ?
J’ai
commencé à écrire Le Silence du Rossignol
avec, en tête, les quatre personnages principaux et
la phrase d’ouverture dite par Takeo. J’étais
alors au village international d’arts d’Akiyoshidai,
dans la préfecture de Yamaguchi ; c’était
un après-midi moite et humide de septembre. La lumière
était pâle et opalescente. L’eau ruisselait
des bassins autour de la résidence des artistes, on
y voyait les carpes frétiller et, de temps en temps,
un martin-pêcheur passer à tire-d’aile.
Je prenais des notes dans un carnet avec un stylo à
encre-gel noir que j’avais acheté à Himeji.
J’ai écrit : “ Ma mère menaçait
souvent de me découper en petits morceaux.” Je
l’ai changé plus tard par : “ en huit morceaux
”. J’aime traduire littéralement des idiomes
japonais pour donner l’impression que le livre n’est
pas écrit en anglais.
Comment
vous est venue l’inspiration pour décrire cet
univers foisonnant ?
Depuis
des années je m’initiais à l’histoire
et à la littérature japonaises, par de nombreuses
lectures ou par le cinéma, ou encore en étudiant
la langue. Après plusieurs semaines passées
seule au Japon, dans cet endroit idyllique, il me fallait
voir si je pouvais donner vie à ce qui dormait au fond
de moi depuis tout ce temps. Lentement, le monde des Otori
commençait à prendre forme. J’allais souvent
au château de Hagi dans la vieille ville du clan des
Choshuu. Je visitais des maisons de samouraïs et les
musées. Je marchais dans les montagnes qui surplombent
le village, à travers les rizières et le long
de la rivière. J’essayais partout d’imaginer
comment mes personnages pouvaient évoluer cinq siècles
plus tôt. Quand je parlais aux gens, je devais les écouter
avec une attention particulière, comme lorsque j’étais
une petite fille. Je prêtais l’oreille à
tout ce qui se disait, tout en restant le plus souvent muette.
C’est ainsi que Takeo est né.
Qu’aimez-vous particulièrement dans l’art
japonais ?
Dans
la littérature et les arts japonais, c’est l’utilisation
du silence et de l’asymétrie qui me fascine.
(…) Je voulais voir si je pouvais utiliser le silence
dans l’écriture. Le style est donc dépouillé,
elliptique et suggestif. Ce qui n’est pas dit est aussi
important que ce qui est énoncé.
Qu’est-ce-qui
vous intéresse dans la société que vous
décrivez ?
Je
m’intéresse au système féodal.
Quand la démocratie et l’état de droit
sont ébranlés, les sociétés humaines
semblent retourner au féodalisme. Je voulais écrire
un “ conte fantastique ” ancré dans une
société féodale, mais je voulais que
mes personnages soient réels avec des émotions
d’autant plus intenses qu’elles sont contenues
par des codes de conduite très stricts. Il n’y
a pas de méchants dans le sens traditionnel du terme
dans mon histoire, il n’y a que des antagonistes. Iida
Sadamu et Otori Shigeru appartiennent à la même
classe sociale. Iida a été corrompu par le pouvoir
alors que Shigeru est d’une nature compatissante mais,
au fond, ils se ressemblent. De même que l’un
n’est pas un monstre, l’autre n’est pas
un superhéros. Mes personnages recherchent le pouvoir,
ils ont des défauts et commettent des erreurs, mais
ils aiment la vie et profitent de tout ce qu’elle peut
leur offrir.


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